Aujourd'hui ça fait presque 2 ans jour pour jour...

2 ans que j'ai décidé de briser la famille que nous formions, 2 ans que j'ai décidé cette fois définitivement (il y avait eu une tentative déjà l'année précédente) de quitter ton père, mon mari et celui avec qui je pensais faire ma vie et construire la tienne.

2 ans que les repères que tu avais, ont volé en éclat, qu'il a fallu repenser complètement ta vie, ton futur, tes valeurs et les miennes aussi....

Aujourd'hui tu sembles être un petit garçon épanoui, enjoué, rieur, bavard (ohh purée oui bavard), gai, calin, autonome. Tu es ma merveille et je suis extrêmement fière de toi. Aujourd'hui tu as 5 ans et tu ne comprends pas tout ce qui s'est passé, tu ne sais pas ce qui m'a poussé à prendre cette décision, peut-être que nous en parlerons plus tard quand tu seras plus grand (je laissera toujours la place à la discussion dans notre relation et je t'expliqueraice que tu auras besoin de comprendre).

Peut-être qu'un jour tu me reprocheras d'avoir quitté ton père, d'avoir démoli tes chances de grandir avec lui au quotidien, peut-être que tu me reprocheras de t'avoir éloigné de lui (parce que tu ne sais pas tout ce qui se passe pendant que tu joues et vis ta vie de petit garçon et à quel point je me bats pour garder ce lien entre vous deux dans le respect de de chacun).

Peut-être que tu m'en voudras, que tu seras en colère contre moi, parce que je t'ai imposé ce choix et que toi petit garçon de 3 ans que tu étais, tu n'as pas eu ton mot à dire... je le sais... ça peut arriver... Je ne l'espère pas, mais ça peut...

C'est pour ça qu'aujourd'hui, j'ai envie de te dire ça :

Sache que moi je n'oublierai jamais ce jour (ces jours en fait) où j'ai pris ma décision, ils sont gravés dans ma mémoire (et pourtant tu sais à quel point j'en ai peu), mais ces instants là, les déclencheurs, les gouttes d'eau qui ont fait débordé le vase, je ne les oublierai jamais...

Sache que si j'en suis arrivée à prendre cette décision au combien douloureuse, c'est parce que j'étais persuadée (et je le suis plus que jamais aujourd'hui encore) que ça serait la meilleure solution pour toi de grandir dans un environnement sain, aimant, serein... Si j'ai pris cette décision, c'était pour que tu sois heureux, que tu ne grandisses pas (comme moi j'ai grandi) au milieu de parents qui se font la guerre et se détestent (je me suis promise petite de ne jamais faire vivre ce que j'avais vécu à mon/mes enfant(s)). Pour que tu voies ta maman heureuse également malgré les difficultés et que tu saches que le bonheur est possible malgré tout. Pour que tu comprennes ou aprennes que la vie n'est pas une fatalité mais qu'elle est belle est bien faite de choix qu'on doit assumer. Pour que tu ne te sentes pas responsable des disputes et angoisses de tes parents (ou des miennes en tout cas, je ne peux pas parler pour ton père). Et pour que tu t'épanouisses en grandissant.

Mais sache également que cette décision, même si je sais que c'était la bonne pour toi, pour moi, a été terriblement difficile à prendre.... Que j'en ai passé des nuits à me demander ce qu'il fallait que je fasse et comment le faire, si c'était une bonne chose ou pas, comment tu le vivrais, comment je pourrais te protéger et t'empêcher de souffrir de cette stuation, si moi en tant que femme et mère, je ne devrais pas plutôt prendre sur moi et subir ce couple qui ne me convenait pas plutôt que de te priver de ta famille "nucléaire" (comme on dit aujourd'hui). Comment nous ferions pour vivre tous les 2, si j'arriverais à t'élever seule (pour ma partie du moins). J'ai retourné toutes ces questions des dizaines de fois dans ma tête.

Sache que quand je me suis mariée avec ton papa, évidemment que ça n'était pas dans l'objectif de demander le divorce 5 ans plus tard, qu'évidemment je pensais que nous passerions notre vie ensemble et que tu grandirais au sein de la famille que j'avais rêvé pour toi.

Sache que même aujourd'hui, même en étant heureuse avec l'homme que j'aime, que tu connais bien et avec lequel tu crées cette belle complicité au quotidien qui me touche énormément et qui j'espère continuera de grandir avec le temps, j'ai du mal à faire le deuil de la famille que nous ne reformerons plus jamais et dont je t'ai privé.

Sache que si j'ai pris cette décision, ça n'était pas sur un coup de tête, qu'elle était mûrement réfléchie, que je l'ai prise en pensant au toi que tu étais ce jour là et au toi que j'aimerais que tu deviennes plus tard. Sache qu'elle n'a pas été prise de gaité de coeur, sache que ça m'a fait du mal aussi de la prendre, même si je ne la regrette pas du tout, et qu'elle me fait souffrir encore aujourd'hui.

J'aurais juste aimé ne pas me tromper autant, ne pas me tromper du tout et t'épargner tout ça à la racine...

Je n'ai pas pu.. je n'ai pas su... J'essaie aujourd'hui de palier du mieux que je peux à mes erreurs passées qui ont de tellement grandes conséquences aujourd'hui.

Je ne sais pas ce que l'avenir te réserve. Evidemment je te le souhaite le plus beau et doux possible. J'espère juste que tu te seras senti aimé et choyé dans ton enfance, que tu en garderas de bons souvenirs qui t'aideront à devenir quelqu'un de bien. Que la douleur de ce déchirement de notre famille ne t'empêchera pas de te construire et d'aimer à ton tour. Que tu auras confiance en toi et en les autres. Que j'aurais réussi malgré tout ça à t'enseigner les valeurs qui me sont chères, le respect de l'autre, l'amour, le travail, l'autonomie, l'entr'aide, l'empathie, le dialogue et la tolérance et l'ouverture d'esprit. Que tu me pardonneras et que tu comprendras ma décision. J'espère que les difficultés du quotidien dont j'essaie de te préserver au mieux, ne t'auront pas rendu aigri ou amer. Et que tu sauras qu'il y a de merveilleuses personnes sur cette planète, et que tu en fais partie.

J'aurais voulu que tu grandissent avec des frères et soeur et j'aurais voulu pouvoir te les donner, ça ne sera pas le cas et tu grandiras en enfant unique. J'espère que tu me le pardonneras aussi.

Aujourd'hui, je voulais te dire combien je suis fière de toi alors que tu n'as que 5 ans, que peut-être un jour tu liras ce mot, que tu es un petit garçon merveilleux et que j'espère que tu te sentiras bien dans ta future vie d'enfant et d'adulte ensuite.

Je voulais te dire qu'aucun parent, je crois, qui décide de quitter son conjoint, ne le fait sans penser à ce qu'il perd et sans penser à son/ses enfant(s), sans penser aux conséquences que cela aura sur sa famille. Et que ça n'est jamais une décision facile à prendre...

Je veux que tu saches que ce que je souhaite plus que tout c'est ton bonheur et que je continuerai à prendre toutes les décisions qu'il faudra et que je penserai bonnes pour que tu sois heureux.

Je voulais te dire que je t'aime.

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