L'article d'aujourd'hui est un peu particulier... J'avoue je ne sais pas très bien par quel bout le prendre, je n'en ai jamais parlé ouvertement (même si les gens qui me suivent le savent depuis longtemps), j'ai voulu préserver mon entourage, ma famille (enfin la sienne plutôt), ses amis, l'image de la famille en vrai. Au détriment de moi comme toujours...

Mais aujourd'hui j'ai besoin d'en parler, d'expliquer, de poser tout ça, je vais probablement être jugée, je vais probablement avoir des personnes qui vont me dire que j'ai de la chance d'avoir encore mon père et qu'elles préfèreraient aussi avoir encore le leur et je le comprends... Mais le fait est que je n'ai pas de père. J'ai un géniteur, avec qui j'ai grandi. C'est très différent je crois.

Pourquoi j'ai besoin d'écrire ça aujourd'hui? probablement à cause de la demande de mise sous curatelle avortée que ma soeur et moi voulions faire pour lui.

Mon père a toujours été un homme froid, distant, peu communicatif (du moins avec nous), colérique, égocentrique, beaucoup de violence émanait de lui (même s'il m'a quasiment pas frappée - juste une fois petite). Il m'inspirait la terreur je tremblais rien qu'à l'entendre marcher dans le couloir. Aujourd'hui encore j'ai beaucoup de mal à l'affronter. J'ai longtemps eu peur des hommes, probablement en partie à cause de lui. Jamais une parole gentille ou agréable, jamais un geste de tendresse, jamais un jeu avec moi/nous, uniquement des reproches, de la colère, des humiliations, j'étais une "bonne à rien".

Avant la mort de ma mère, quand nous en parlions (on savait toutes les 2 que la fin approchait pour elle), on se disait qu'après sa mort il y aurait 2 solutions : soit d'un coup il s'épanouirait comme une fleur qu'on a empêché de pousser, soit il se laisserait mourir doucement parce qu'il n'y aurait plus personne pour le porter et sombrerait dans l'alcool, les médicaments, la depression. Personnellement j'ai toujours pensé que ça serait la 2ème solution mais ma mère avait vaguement espoir que la 1ère puisse arriver.

J'avais hélas raison.

A son décès, il a fallu qu'on le prenne en charge. (Je ne reviendrai pas sur ces évènements et le fait qu'on a même pas pu pleurer la mort de notre maman vu qu'il fallait entr'autre le gérer lui, et qu'il ne s'est évidemment occupé d'absolument rien concernant son enterrement et tout le reste et qu'on s'est débrouillées absolument seules dans cette épreuve difficile et dont on ignorait tout... mais bref). Ensuite... Rien... il est resté figé... centré sur lui, vicitme d'on ne sait pas quoi, il attendait qu'on s'occupe de lui comme ma mère le faisait. J'ai découvert quelques mois après, qu'il pouvait être menteur et manipulateur et monter les gens les uns contre les autres en racontant n'importe quoi (ce qu'il a essayé de faire entre ma soeur et moi), qu'il avait été violent envers notre mère physiquement aussi. Depuis gamine j'ai toujours senti qu'il ne lui aurait fallu qu'une toute petite goutte d'eau pour que "ça parte", je me suis toujours demandée "et si je poussais le bouchon un tout petit peu plus loin, il se passerait quoi?" je n'ai jamais osé désobéir, j'avais trop peur. Ma soeur et moi étions parfaites, mais pas à leurs yeux (ceux de nos parents) et pas aux siens. A ses yeux je n'étais qu'une feignasse qui ne foutait rien.. (et pourtant j'ai toujours été parmi les 3 premières de toutes mes classes... bref). A ses yeux j'étais celle qui était responsable des maladies de sa mère (on ne l'aidait pas assez, on était pas assez bien et donc elle tombait malade parce qu'on ne faisait pas ce qu'il fallait à la maison, pour lui éviter les tracasseries et les corvées - c'est vrai à 13 ans je faisais le ménage,le repassage, les courses, et préparais les repas, ça ne devait pas être assez).

Il a toujours été un assisté. Il travaillait mais comme il ramenait son salaire (notez bien ma mère aussi mais elle était malade donc elle avait une excuse, et nous nous étions des poids morts), il avait donc par conséquent accompli sa tâche de chef de famille et tout le reste incombait à ma mère et à nous (qui ne l'aidions pas assez évidemment). Pour lui c'est une évidence qu'on DOIT s'occuper de lui, le prendre en charge. Secrètement, je suis convaincue qu'il aimerait que ma soeur ou moi (mais surtout moi parce que je ne travaille pas, je ne fous rien de mes journées donc je pourrais bien faire ça pour lui quand même), le prenions chez nous (ou mieux que je vienne habiter chez lui comme ça ses habitudes ne changeraient pas) pour le gérer. Le gérer ça veut dire s'occuper des repas, d'entretenir la maison à l'intérieur et à l'extérieur, faire sa lessive etc...

Evidemment il n'en est même pas question. Parce que j'ai ma vie à moi, mes soucis à moi, mon fils à élever et que je ne veux pas qu'il grandisse dans le mépris total de lui même et des autres, dans le narcissisme, dans la violence et la manipulation.

Mon père est alcoolique depuis très longtemps (j'ai du lui en parler pour la 1ère fois dans une lettre que je lui avais faite, je devais avoir environ 16 ans et j'en ai aujourd'hui 40 donc...) Comprenez bien, ça n'était pas le cliché de l'alcoolique qui rentre tous les soirs à la maison complètement saoul et qui hurle et frappe femme et enfants. Non c'était un "alcoolisme social" d'abord c'était avec les amis pour l'apéro, puis l'apéro tous les soirs sans les amis et le petit verre de vin à table. Mais surtout son whisky... Un jour, il y a moultes années, ma mère en faisant les courses a commis l'irréparable faute d'oublier de racheter du whisky.... Je vous passerez la scène quand il l'a découvert, il l'a incendié et je l'ai vu fouiller le moindre recoin du bar à la maison à la recherche d'un alcool qui pourrait remplacer son précieux whisky. Après ça, ma mère n'a plus jamais oublié le whisky.

Et ce jour là, on a compris. Compris qu'il ne pouvait pas s'en passer même une journée, qu'il ne pouvait pas se passer de boire, même une journée. On l'a alerté (oui à cette époque on croyait encore qu'une forme de communication serait possible avec lui, on était naïves). Ma soeur et moi (séparement et sans s'en parler) nous lui écrivions des lettres régulièrement pour lui expliquer ce que nous ressentions, que nous avions besoin qu'il soit là pour nous, qu'il assume son rôle de père, qu'il ralentisse l'alcool... Au mieux, il faisait légèrement attention pendant 1 semaine et ensuite la vie reprenait son cours.

Et comme je le préssentais, à la mort de maman, il s'est laissé aller encore plus. Elle n'était plus là pour le canaliser. Sa consommation d'alcool a grimpé en flèche (aujourd'hui il doit être à environ 4 litres de whisky par semaine, plus un peu de vin, le tout couplé aux médicaments avec lesquels il ne devrait pas boire une goutte d'alcool), sa consommation de tabac a grimpé en flèche (il fume environ 3 paquets de cigarettes par jour). Il ne s'occupe de rien à la maison, qui tombe petit à petit en ruines. Je la vois se désagréger doucement sans rien pouvoir faire. Il ne voit pas ou ne veut pas voir, ne veut pas payer quelqu'un pour l'entretenir et ne veut pas le faire lui même. Pareil pour l'intérieur, il a fallu qu'on bataille pendant des mois pour qu'il accepte que la femme d'un de ses amis vienne y faire le ménage régulèrement. Quand on venait avec les enfants, la maison était sale et pas du tout entretenue.

Aujourd'hui, il est plus que dépressif, rongé par le mélange alcool, médicaments et tabac, n'a plus conscience de rien, est dangereux en voiture (je ne veux plus monter avec lui ni que loulou monte avec lui. La dernière fois qu'il nous a ramené à la gare pour qu'on rentre en train, il s'est déporté sur la voie de gauche et ne l'a pas vu, une voiture venait en face, il ne l'a pas vue, c'est moi qui l'ai interpellé peut-être 50 mètres avant que la voiture ne le percute, j'ai eu la peur de ma vie), il tombe régulièrement chez lui (et ailleurs, là aussi je me suis fait plus d'une grosse frayeur, mais il a un bol d'enfer et tombe toujours "bien"), il ne se souvient plus de rien et peut nous appeler plusieurs jours de suite pour nous poser la même question à laquelle il aura la même réponse, et dans le dénie total de tout (non la maison ne tombe pas en ruines même quand on lui fait voir, non il va très, non il n'est pas alcoolique) et ne se rend plus compte de la valeur de l'argent. 

Et donc on en arrive au pourquoi de la curatelle. En septembre dernier, il a contracté un prêt d'un montant de 19 000€ sur 8 ans pour l'achat d'une pompe à chaleur avec clim réversible dont il n'avait évidemment absolument pas besoin (les radiateurs ayant été changés peu de temps avant la mort de maman et là om il habite il ne fait chaud qu'environ 2 semaines par an, donc la clim...). Et bien évidemment, il n'a rien compris à ce qu'il faisait et ne nous en a pas parlé. Nous ne l'avons su que fin octobre. Quand ma soeur me l'a dit, je l'ai immédiatement appelé. Il était persuadé qu c'était EDF qui lui avait vendu tout ça et que ça serait retiré sur sa facture mensuelle, j'ai tenté de lui expliqué que ça n'était pas possible mais bon, ma parole ne vaut rien (vous savez je suis la nulle et bonne à rien donc je ne dis que des conneries c'est bien connu). Il s'est aperçu que j'avais raison quand la 1ère échéance de prêt est arrivée et là m'a appelé en pleurs... Je ne pouvais plus rien faire. On lui a demandé (avec ma soeur) de nous envoyer tous les documents inhérents à cet achat, on ne les a jamais eu. A Noël, on a passé 2 heures à tout chercher, il avait fourni sa déclaration d'impots mais était incapable de nous dire où elle était. Il ne connaissait pas le montant du prêt, nous l'avons découvert à ce moment là. Et après avoir réfléchi et nous être renseignées, nous avons décidé de lancer une procédure de demande de mise sous curatelle. On est loin toutes les 2, pas en bon état de santé toutes les 2 et on ne peut pas savoir ce qu'il fait (et sur le papier, il a les moyens de prendre d'autres crédits même si en réalité vu sa consommation d'alcool et de tabac, il ne pourrait pas les honorer, déjà celui-ci ça va être compliqué).

Et c'est là que nous arrivons à la colère qui m'amène à écrire aujourd'hui, la 2ème phase. Sur le coup nous lui avons bien sûr expliqué notre démarche et ce qui allait se passer, et il a dit oui (il dit toujours oui devant et ensuite fait ce qu'il veut derrière). Vous allez me dire qu'il est adulte et fait ce qu'il veut (notamment de son argent) et à vrai dire oui sauf quand c'est à nous de tout gérer derrière, qu'on l'a en pleurs au téléphone et qu'il faut réparer ses bêtises. Jusqu'à présent nous avons toujours été là autant que nous le pouvions pour lui.

Aujourd'hui (en fait c'était il y a 2 jours), j'ai dit STOP.

Nous lui avons pris rendez vous avec l'expert psychiatre pour la mise sous curatelle. J'avais également de gros doutes parce que je sais que quand il veut cacher les choses, il y arrive très bien et c'est effectivement ce qu'il a fait. J'ai reçu le rapport... j'ai pleuré. Selon l'expert (à qui nous avions fait un courrier pour poser la situation), oui la communication est difficile et oui il a de légers troubles mnésiques, mais sur le fond tout va bien, il est très entouré par ses amis (il en a 1, tous les autres ont fui après la mort de maman, c'était elle qu'ils venaient voir), sa famille (il a 2 soeurs qui ont peur de lui et qu'il envoie promener dès qu'elles lui demandent quelque chose, et son frère qui vient le voir quand il peut mais qui est âgé - lui ne se déplace pas, c'est pas à lui de se déplacer pour les autres) et ses anciens collègues de travail!!!!! (Alors là c'était le pompon, la dernière fois qu'il a du avoir des nouvelles de l'un d'entre eux c'était à l'enterrement de maman il y a 4 ans et encore, je ne suis pas sûre). Il est également président de son club de pétanque (qu'il veut quitter depuis avant la mort de maman, mais personne pour prendre la relève donc ils le laissent). Donc bref il a une vie sociale riche et épanouissante!!!!!! Alors pourquoi nous appelle t'il régulièrement en pleurant????  L'alcool??? quel alcool?? il boit oui de manière je cite "plus ou moins régulière"... Comme je l'ai dit plus haut, la dernière journée qu'il a du passer sans boire une goutte d'alcool doit remonter à environ 30 ans... effectivement c'est pas très régulier comme consommation.

Bref il a baratiné l'expert, comme je m'y attendais.

Avec ma soeur, nous avons quand même pris la décision de continuer la procédure et donc je lui ai demandé de m'envoyer les papiers dont j'avais besoin pour boucler le dossier... Et là comme d'habitude j'ai eu droit "oh c'est pas la peine de continuer". 

Et là j'ai explosé. Je lui ai dit tout ce que j'avais sur le coeur (à peu près) et que c'était fini, je ne l'aiderai pluset je ne l'écouterai plus et je ne serai plus là quand il ferai n'importe quoi, que je ne voulais plus entendre tout ça. Il devrait se débrouiller seul et assumer ses actes, et que je ne voulais plus qu'il m'appelle en pleurant parce qu'il a le cafard ou fait une bêtise. J'ai vidé mon sac. il n'a rien compris, ça m'a fait mal, j'ai eu envie de pleurer, parce que ça signifiait aussi couper le peu de liens qui me reliaient à lui, parce qu'en faisant ça j'acceptais enfin de ne pas avoir de père, j'acceptais enfin toute la colère que j'ai accumulée contre lui depuis des années, et que même si je sais qu'il ne se remettra pas en question et n'aura rien compris à tout ce que je lui ai dit, pour moi c'est dit et ça va me permettre de m'affranchir de mon "boulet" que je traine. Que je vais pouvoir dire stop, et que je n'ai pas l'intention de m'arrêter là.

Je sais qu'aux yeux de sa famille et de ses amis, nous sommes les méchantes filles qui l'avons abandonné, qu'on ne s'occupe pas de lui. C'est faux et peu importe ce qu'ils penseront, moi je n'ai pas l'intention de continuer à me rendre malade pour quelqu'un qui ne fait aucun effort et n'est même pas en capacité de voir qu'on veut l'aider et d'être juste un tout petit peu reconnaissant. Peut-être que je vais vous sembler très dure et sans coeur, mais je n'en peux plus de donner à des gens qui ne voient rien et sont incapables eux de donner quoi que ce soit. Non je n'ai pas envie de continuer à me ruiner la santé pour un père qui n'en est pas un. Notre mère l'a fait c'était son choix et je ne ferai pas le même. Non je ne suis plus prête à accepter sa tyrannie passive. 

Oui aujourd'hui j'ai décidé de penser à moi. Mais oui tout ça m'a fait et me fait encore beaucoup de mal et me rend très triste. Oui c'est difficile de faire le deuil d'un parent qui n'est pas décédé (déjà que j'ai du mal avec ceux qui sont morts alors..) Oui je vais probablement encore pleurer à cause de tout ça. Mais je suis soulagée et je n'ai pas envie que ma ie soit dictée par les autres, même ce sont des parents et que ça me ronge. Alors tant pis, tant pis pour lui, moi je vais continuer à m'employer à être heureuse malgré tout et continuer à faire ce qui me semble bien pour moi et pour mon fils. Si un jour, je re-ressens le besoin d'aller vers lui, je verrai, mais pour le moment j'ai besoin de mettre de la distance et de penser à ma vie et pas à la sienne. Il fait ses choix de vie et je ne peux pas aller contre, mais je peux faire les miens. Et c'est ce que j'ai décidé de faire il y a 2 jours et aussi par la suite.

Aujourd'hui je ne suis plus une petite fille, je suis adulte et j'ai ma vie à moi. Je commence à en prendre conscience petit à petit.

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