Le bonheur est à la mode. Il FAUT être heureux. Partout on voit pululer les coachs, thérapeutes, outils d'aide au bonheur, il faut être zen, serein, accepter les choses de la vie sans broncher et même en les appréciant. On doit méditer, faire du yoga, taï chi, Qi gong, manger bien et sain, s'émerveiller devant une abeille qui vole et va se poser sur une fleur (et je suis la 1ère à adore les abilles qui se posent sur les fleures hein?) ou je ne sais quoi encore.

On nous dit quoi faire, comment le faire, pourquoi le faire. si vous n'êtes pas heureux dans votre vie, c'est que vous le voulez, que ça vous plait, que vous vous complaisez dans votre mal être au fond et que vous ne voulez pas en sortir ni être heureux.. Il y a tellement d'outils pour accéder au bonheur, comment ne pas y arriver?? il y a des milliers d'articles, livres, vidéos qui nous expliquent que tous nos maux physiques sont causés par nos maux psychologiques et que si on veut on peut guérir, de tout. d'absolument TOUT. Et donc la résultante encore une fois c'est que si nous ne guérissont pas de nos maux, tout ça est de notre faute....

Quel merveilleux discours emprunt de tolérance, ouverture d'esprit et bienveillance!!! (nan je rigole)... Quel discours culpabilisant et moralisateur (je trouve)... Et à la limite du manque total de respect pour tous ceux qui se battent au quotidien contre la maladie et parfois en meurent. Comment peut-on oser dire à toutes ces personnes que si elles sont dans cet état c'est qu'elles le veulent bien? que c'est qu'elles n'ont pas réglé leurs soucis avec elles-mêmes? que c'est qu'inconsciemment elles ne veulent pas s'en sortir??? comment pouvez vous oser dire cela à des parents, qui feraient tout pour pouvoir vivre "normalement" avec leurs enfants? 

Alors oui parfois c'est le cas, parfois des traumatismes psychologiques provoquent des drames corporels, des maladies, des "mal à dit" comme je vois passer depuis au moins 2 ans régulièrement partout (les articles qui nous expliquent comment s'auto guérir genre super facilement quoi..) et oui il faut évidemment toujours s'occuper de la tête ET du corps. Oui les 2 sont intimement liés. Oui on ne peut pas s'occuper bien de l'un sans s'occuper de l'autre. Mais je suis aussi intimement persuadée que parfois, les maux du corps ne viennent pas de la tête et provoquent ceux de la tête, et sans vouloir encore ramener les choses à moi, et après plus de 20 ans de thérapies diverses et variées et des thérapeutes extrêmement compétents parfois, j'en suis là. ces dernières années la seule conclusion qu'on pu faire toutes ces personnes qui étaient dans cette mouvance "le mal à dit" c'est que non, ça n'était pas le cas chez moi. Tous n'ont pu que dire "je ne comprends pas pourquoi ça ne bouge pas chez vous. Vu tout ce que vous mettez en place et faites, ça derait bouger et ça ne bouge pas, c'est incompréhensible", parce que oui peut-être que parfois, la tête ne décide pas de tout, peut-être que parfois le souci est juste physique et qu'il faut juste apprendre à vivre au mieux avec et justement déculpabiliser. Et peut-être que dans ces cas là, on peut juste essayer d'alléger au maximum la personne et de l'aider à vivre au mieux et faire en sorte que justement les maux du corps ne viennent pas créer des maux de l'esprit.

Peut-être que la vraie clé, au lieu d'être dans la culpabilisation et moralisation de la maladie, serait dans l'acceptation de la personne dans ce qu'elle est et vit dans son intégralité, sans jugement aucun. accepter qu'elle souffre et que personne, elle comprise, n'y peut rien. L'aider justement à lâcher prise, à accepter ce qu'elle subit sans en rajouter une couche en lui disant qu'elle ne veut pas aller mieux. À aucun moment personne ne se dit que ce genre de discours peut peut-être justement aggraver l'état de certaines personnes qui se torturent depuis des années pour aller mieux et trouver des solutions??

Que si on prône la bienveillance, alors on peut peut-être aussi l'appliquer même si la personne en face n'est pas telle qu'on aimerait qu'elle soit dans son entièreté? et que peut-être on peut chacun travailler sur soi pour juste accepter les choses que parfois on ne peut pas changer?

Oui le corps est une machine exceptionnelle et l'esprit en fait partie intégrante, oui il peut faire des miracles, mais parfois on peut juste être ce que l'ont est et rien de plus, faire au mieux avec une situation, l'accepter autant que possible et tenter de vivre avec...

Oui on a le droit totalement d'être malheureux, triste, en colère. De ne pas savoir quoi faire ni comment, d'avoir un énorme sentiment d'injustice face à cette vie qui peut tout nous prendre en 1 seconde et oui on a le droit de l'exprimer.

On en arrive à être tellement dans cette injonction au bonheur, ce devoir d'être heureux absolument et malgré tout qu'on ose plus exprimer ce qui ne va pas quand ça ne va pas. La vie n'est-elle pas faite de bon et de mauvais? de bien et de mal? de soleil et de pluie? les 2 ne sont-ils pas complémentaires? Pour apprécier les moments de bonheur, ne faut-il pas en vivre des difficiles? n'apprend-on pas de ces moments? ne nous permettent-ils pas aussi de nous construire? Reconnaissons enfin à chacun le droit de dire quand ça ne va pas bien, quand on n'a pas le moral, quand la vie est trop difficile et cessons enfin de vouloir absolument que tout soit merveilleux et parfait tout le temps. la perection n'existe pas, le bonheur absolu non plus. 

Non, accepter de dire les choses négatives, de les ressentir et de les vivre pleinement ne veut pas dire ne faire que ça et se lamenter sur son triste sort à longueur de journées (ça, ça s'appelle une dépression et ça se soigne aussi), et oui, acceptons d'entendre le malheur de l'autre, son mal être, ses douleurs parce que c'est ça être humain et offrir à l'autre. Etre dans l'écoute ça n'est pas seulement quand et comme je le veux et que l'autre soit exactement ce que je veux qu'il soit.

Peut-être que si nous n'arrivons plus aujourd'hui à entendre la souffrance de l'autre et à l'accepter, c'est parce qu'elle vient faire résonner notre propre souffrance qu'on voudrait taire et qu'on ne veut pas voir? qu'en voulant masquer la souffrance de l'autre et la faire disparaitre, c'est aussi quelque part se dire qu'on ne souffrira plus nous même? qu'il est possible de ne jamais souffrir?

Personnellement je ne le pense pas. il est possible selon moi d'accepter, de vivre avec de la gérer pas trop mal, mais on ne peut pas éradiquer la douleur qu'elle soit physique ou psychologique et c'est selon moi une maltraitance et une souffrance supplémentaire que de vouloir absolument ne pas la voir ni l'entendre, ne vouloir que le bon et l'agréable dans nos vies et de se mettre une pression incommensurable pour arriver à ça. Pression dont aucun de nous n'a besoin, qu'on soit souffrant ou non. Et peut-être que les personnes que vous souhaitez si ardemment sauver, vous remercieraient 1000 fois plus de juste les écouter et de les laisser exister telles qu'elles sont.

Voilà, cet article tournait en rond dans ma tête depuis des mois, sans trouver le moyen de s'exprimer, je vais probablement m'attirer les foudres de tous les professionnels du bien être mais tant pis. Tout ce que j'ai écrit ce soir, je le pense profondément, et je pense aussi que ça viendra faire écho chez beaucoup de personnes qui justement n'osent peut-être plus s'exprimer à cause de tout ça (ce qui vient renforcer l'idée que tout va bien comme quand on éradique les SDF d'une ville et qu'on en conclue que de ce fait il n'y en a plus.. non, il ne sont juste plus visibles à cet endroit...)

j'espère ne pas avoir été moi même jugeante, ça n'était pas l'objectif, je tenais juste à coucher mes ressentis sur le papier (virtuel) et peut-être tenter d'amener un peu de reflexion sur tout ça parce que je ressens moi même cette pression et ai eu moi même plusieurs fois des discussions assez houleuses et difficiles et culpabilisantes à ce propos et que je pense ne pas être la seule. 

 

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