Hier je discutais sur un site de rencontre (oui parfois c'est possible même si c'est rarissime d'avoir une discussion intéressante sur ces sites), et nous abordions le sujet de l'amour. pas forcément la relation amoureuse, mais l'amour au sens large avec un grand A, notamment celui des parents (mais pas que). Peut-on aimer et détruire? est-ce que quelqu'un qui aime vraiment peut détruire l'autre? s'il le fait, me direz vous, c'est qu'il ne l'aime pas. Quand on aime réellement quelqu'un, on veut le meilleur pour lui, et logiquement indépendamment de notre bonheur à nous, et ce même si pour ça on doit s'en éloigner et le quitter. (oui je l'ai déjà fait aussi). Mais en réalité est-ce que c'est si simple? Dans la discussion, j'ai posé cette question: à quoi mesure t'on l'amour? comment peut-on savoir et/ou juger de l'amour que quelqu'un nous porte? est-ce qu'on peut considérer que quelqu'un qui dit nous aimer mais dont on ne ressent pas l'amour en est ou pas? peut-on dire "j'aime quelqu'un" mais que cette personne ressente l'inverse et que ça soit pour autant vraiment de l'amour?

Pour illustrer mon propos, je parlais de ma maman, personnalité toxique mais qui pour autant nous aimait. Elle aurait donné sa vie pour nous (d'ailleurs elle a tellement fait le tampon avec mon père, que je pense qu'elle l'a en partie fait et qu'elle a continuer à le supporter pour que nous n'ayons pas à le gérer nous - ce qu'on fait du coup depuis son décès). Et pourtant,notre enfance n'a été bercée que de brimades, reproches, réprimandes, humiliations, dévalorisation. nous n'étions jamais assez bien, on en faisait jamais comme il fallait, personnellement j'étais moche, molle, bonne à rien, feignante et grosse. Et évidemment que ces propos ont encore aujourd'hui une empreinte forte sur moi et la vision que j'ai de moi-même (avec le SFC et la fibro c'est juste génial, je suis juste précisément ce que ma mère me reprochait... merveilleux mais bref c'est un autre débat). Elle était persuadée tout faire pour "bien nous élever", donner le meilleur et exiger le meilleur dans son système de valeur. 

J'ai eu la chance de pouvoir parler de tout ça avec elle quelques années avant sa mort, qu'elle entende et comprenne mon ressenti et ce qui s'était passé, qu'elle se remette en question et change sa façon d'être avec moi. Ça n'a pas été simple, ça a demandé du temps et de l'énergie mais ça a été payant. Et je sais qu'elle nous aimait (ma soeur et moi) profondément et plus que tout. Néanmoins, je n'ai jamais vraiment ressenti cet amour, à part sur la fin de sa vie et encore c'était plus une complicité qu'un réel sentiment d'amour. Elle n'était pas câline du tout, pas affectueuse, elle ne montrait ni ne disait rien. Et même pire, son comportement était destructeur. 

Mais elle a fait avec ce qu'elle avait elle même, ce qu'elle avait reçu, son vécu, son éducation, ses angoisses, ses failles, ses valeurs, ses peurs, ce qu'elle ne voulait pas reproduire chez nous (nous devions être des "femmes fortes" ce que nous sommes effectivement devenues en apparence, pour ne pas subir ce qu'elle avait elle même subi) et son amour, elle le montrait de cette façon. 

Elle ne pouvait pas comprendre notre sensibilité, nos besoins parce que trop éloignés d'elle et de ce qu'elle pouvait donner à ce moment là. Elle nous a donné tout ce qu'elle a pu. 

Et je parle d'elle mais beaucoup de personnes sont comme ça. Pour autant, je n'ai jamais ressenti cet amour et je ne me suis jamais sentie aimée (sauf peut-être de loulou aujourd'hui). Peut-on dire que ma mère ne m'a pas aimée? Non évidemment, peut-on dire qu'elle m'a aimée? je ne sais pas. Ai-je le droit de me sentir aimée aujourd'hui par quelqu'un? Absolument. Mais ai-je le droit d'exiger qu'on m'aime comme je le voudrais? Est-ce de l'amour si les conditions sont posées et s'il est conditionné? assurément pas non plus. Aimer est-ce posséder l'autre? je n'adhère pas à ça. l'attachement est-il de l'amour? il parait que non (mais je ne suis pas sûre de savoir réellement faire la différence entre les 2).

Petite parentèse... L'amour justifie t'il qu'on exige que le corps de l'autre nous appartienne? Je ne le pense pas non plus (mais ça n'est que mon opinion). Ça reste pour moi une condition à l'amour et donc pas de l'amour, et ça dénote pour moi surtout un gros manque de confiance en l'autre et donc en soi. Aucun corps n'appartient à quelqu'un d'autre qu'à l'âme qu'il renferme de mon point de vue. Chaque être vivant dispose de son corps et on n'a aucun droit d'imposer quoi que ce soit à qui que ce soit. Le reste est une question de fonctionnement, de failles de chacun (moi la 1ère) et de valeurs sur lesquelles il faut être raccord et de communication. mais là aussi il y aurait beaucoup à développer à mon avis.

J'avoue que tout ça me laisse plus que perplexe et que je n'ai pas de réponse. Je ne me suis jamais sentie aimée de mes conjoints. Au début, je pensais qu'une relation de couple avec juste de la tendresse était suffisante. Ça ne l'était pas pour moi. je me sentais toujours aussi vide affectivement. mais pour autant c'était une forme d'amour. Certains couples fonctionnent de cette façon toute leur vie et ça leur suffit.

L'amour dépend t'il de nos affinités avec l'autre? de nos points communs? envies communes? projets qui se rapprochent? Peut-être qu'on aime quelqu'un et qu'on se sent aimé(e) de lui quand nos façons de voir les choses sont proches? ou peut-être pas du tout vu que les coups de foudre existent et que dans ce cas les personnes ne se sont jamais croisées avant. 

L'amour serait-il chimique? On ressentirait de l'affection de façon chimique pour quelqu'un? parce que juste physiologiquement on produit des phéromones qui se correspondent? Mais du coup s'il y a un dysfonctionnement de cette production on ne peut pas nous aimer? et cette attraction chimique est-elle vraiment de l'amour ou juste une attraction que l'amour viendra consolider ensuite ou pas selon les cas..? Peut-on aimer sans ces phéromones? L'amour est-il un mélange des 2? ou l'un ou l'autre? 

Je ne suis pas du tout experte en la matière, n'ayant que peu expérimenté ce sentiment, je n'ai que peu de famille, peu d'amis que j'aime et pas d'amoureux. je ressens et conçois l'amour de façon plutôt intellectualisée. Pour moi ça se construit dans le temps (sauf avec loulou j'avoue), en apprenant à connaître les personnes et en choisissant de les aimer. Tout ça est définitivement beaucoup trop compliqué pour moi. J'envie clairement les personnes qui se sont trouvées et les gens (je parle de couple) qui s'aiment profondément durant plusieurs décennies (ou juste quelques mois mais qui s'aiment de façon réciproque) et le ressentent ainsi. Je ne sais pas comment ça fonctionne ce truc. Mais je continue de chercher un comprendre. peut-être qu'un jour je le vivrai aussi.

Peut-être qu'après tout, l'amour est aussi quelque chose de subjectif qu'on ne peut pas évaluer. Peut-être que chacun a sa propre définition de ce qu'est l'amour pour lui, par rapport à son vécu, ses failles et ses besoins et que ça n'est pas figé dans le temps, que ça évolue au fil des années et du parcours de chacun? Peut-être que finalement l'amour n'a pas de définition commune, que c'est juste un sentiment très personnel qui se ressent et rien d'autre, et que du coup, comme pour tout on est pas tous égaux face à ce sentiment, qu'on doit l'expérimenter par nous mêmes, et qu'on ne peut pas juger la capacité à aimer de quelqu'un? Qu'on ne peut juste évaluer que notre capacité à ressentir des choses qui seront plus ou moins différentes de celles de l'autre personne en face. Évaluer les besoins de l'autre et les siens en matière d'amour, les faire concorder, voir si l'autre remplit nos réservoirs comme on dit, ou pas, se demander si on peut se contenter de ce qu'il donne ou pas, tenter de trouver une forme d'amour qui nous corresponde plus avec le risque de ne jamais le trouver.

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